Droit
Comparé : Finlande
Droit des Transports
- Transports Maritimes
Ré-immatriculation sous un pavillon étranger - Droit Social
- Négociations Collectives - Appel au Boycott par les Syndicats
Droit Européen - Liberté d'Etablissement, Art. 43 T-UE
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Viking Line Abp c/ Syndicat des
Marins Finlandais et Fédération Internationale des Travailleurs
des Transports - High Court UK
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Source : Castren &
Snellman
12 Octobre 2005
Une société
Finlandaise de transport de passagers délocalise son navire dans un
autre registre
Menace d'Actions de Boycott Syndicales
Plainte de l'Armateur pour Discrimination
L'Immatriculation d'un Navire sous un pavillon étranger est considérée
comme
l'Etablissement de l'Armateur dans ce pays.
Rappel historique
Faits
Décision
Rappel historique:
Viking Line Abp est une société finlandaise de transport de
passagers localisée dans les Îles Aland. Viking détient
et gère sept navires à passagers, sur des routes entre la Finlande,
les pays Nordics, et l'Estonie.
Le syndicat Finnish Seamen's Union est un syndicat de marins Finlandais,
branche autonome liée à la Fédération Internationale
des Travailleurs du Transport " International Transport Workers' Federation".
Les activités de ce syndicat comportent la négociation des conventions
et accords collectifs avec les associations d'armateurs finlandais,
et également avec les armateurs individuels en ce qui concerne les
conditions de travail et de salaire à bord des navires Finlandais
ou des navires opérant à partir de ports Finlandais.
Le syndicat conclut donc frequemment des accord avec des navires non-Finlandais,
ou avec des employeurs étrangers, et/ou avec des équipages non-finlandais,
même si ils n'ont aucun représentant syndical à bord
de ces navires.
Le Rosella, de la compagnie VIKING LINE ABP, sous drapeau finlandais, est
exploité entre Helsinki, (Finlande), et Tallinn, (Estonie). La plupart
des concurrents de Viking sur cette ligne intervient sous pavillon Estonien
ou sous pavillons plus favorables que le pavillon Finlandais.
Comme les coûts d'équipage sous pavillon Estonien ou sous d'autres
pavillons sont particulièrement inférieurs à ceux du
pavillon Finlandais, Rosella devenait de moins en moins concurrentielle
sur la ligne Helsinki-Tallinn et était exploitée à
perte.
C'est pourquoi Viking a fait passer le Rosella sous pavillon Estonien afin
de le rendre compétitif sur sa ligne Helsinki-Tallinn. Cependant,
le Syndicat s'est opposé à l'application à bord du Rosella
du niveau de coût (et de protection sociale) de l'équipage Estonien
et à la modification des conditions de travail et de salaire au travers
du changement de pavillon. L'armateur était sous la menace d'une grève.
Le Syndicat a également demandé l'assistance de la Fédération.
Laquelle fédération, au travers d'une circulaire, à la
demande du Syndicat Finlandais, invitait tous les syndicats non-finlandais à
ne pas passer d'accords avec VIKING au sujet du Rosella sous pavillon étranger.
Compte tenu de cette action, le changement de pavillon du Rosella a été
rendu impossible en fait, faute d'accord collectif.
Faits:
Courant août 2004, Viking initiait une action contre le Syndicat et
la Fédération internationale, réclamant une injonction
ainsi qu'une prise de position officielle de la High Court britannique (Domicile
de la Fédération Internationale des Travailleurs des Transports)..
Viking demandait que la High Court impose à la Federation de retirer
sa circulaire et qu'elle déclare que le Syndicat finlandais ne peut
empêcher VIKING de négocier avec une tierce partie dans l'Union
Européenne, concernant une convention collective applicable au Rosella.
Selon Viking, la grève mise en place par le Syndicat afin d'empêcher
le changement de pavillon aurait interdit à VIKING d'exercer ses droits
aux libertés accordées par le Traité des CE. L'action
de VIKING était fondée essentiellement sur les articles 39 -
liberté de mouvement des travailleurs, et 43 - liberté d'établissement)
du Traité, ainsi que sur le Réglement 4055/86 de l'UE sur la liberté de prestations
de service dans le secteur maritime.
Décision
Le 16 juin 2005, le Juge Gloster a considéré que l'immatriculation
du Rosella en Estonie par VIKING équivalait à son établissement
dans ce pays. En raison de l'effet horizontal direct de l'article 43
du Traité de l'UE (application directe entre les personnes privées),
la Hich Court a jugé que l'Article 43 était applicable au cas
d'espèce.
Dans la foulée, la Court a jugé que la menace d'actions de
grève brandie par le Syndicat contre la réimmatriculation du
Rosella constituait une violation de la liberté de VIKING de s'établir
dans l'Union Européenne, liberté prévue justement par
l'article 43.
En conséquence, la Court a considéré que les menaces
de restrictions constituaient une discrimination directe.
Le Syndicat motivait son action contre Viking en raison de ce que le Rosella
demeurait la propriété fiduciaire et était effectivement
géré depuis la Finlande. Il faisait valoir que le but de son
action était de maintenir cette situation afin de preserver l'emploi
Finlandais.
La Court a rejeté l'argument du Syndicat de protéger les conditions
de paye et de travail de tous les marins employés sur des navires faisant
commerce avec les ports Finlandais, indépendamment de leur nationalité.
Le Syndicat et la Fédération Internationale faisaient valoir
que, à la supposer discriminante, leur action se justifiait au motif
que :
1- elle a trait à l'exercice des droits fondamentals de liberté
d'expressionn, d'association et de procédures concertées, et
étaient donc justifiées par des motifs d'intérêt
public
2- ils avaient un but légitime et public (la protection des
travailleurs).
Cependant, la Court a considéré que les menances de restrictions
discriminatoires directes du Syndicat et de la Fédération ne
pouvaient pas être justifiées par un objectif d'intérêt
public.
Le Syndicat et la Fédération ont formé appel du jugement.
L'appel est pendant.
La décision d'exequature du Helsinki District Court a été
également appelée par le Syndicat.
Commentaire
Cette décision
est en cours d'analyse.
Cabinet DAHAN, DAHAN-BITTON & DAHAN
Avocats Associés au Barreau de Paris