Jurisprudence
en matière de droits d'auteur (Régime du Copyright) sur les
retransmissions TV
La loi sur la propriété
intellectuelle - "Copyright" accorde une protection aux programmes télédiffusés.
La nature de ces droits vient d'être précisée par la
"Federal Court".
Dans une affaire TCN Channel Nine Pty Ltd c/ Network
Ten Pty Limited, la Federal Court a jugé que
l'utilisation par la chaîne Network Ten, dans son programme "The
Panel" était faite en fraude au copyright détenu par
Channel Nine sur ce programme. Le programme "The Panel" réalise
un commentaire de plusieurs extraits vidéos. L'extrait à l'origine
du litige était issu de "Days of Our Lives", "NewsBreak"
et "Midday Show", programmes de Channel Nine. Ces programmes
ont été obtenus par l'enregistrement video d'émissions télé-diffusées,
ou diffusées par satellite.
Network Ten considérait
en défense que les extraits n'étaient pas suffisamment conséquents
pour constituer une violation du copyright sur le programme diffusé
par Channel Nine.
Par ailleurs, Network Ten
soutenait que, même si une partie substantielle des programmes de
Channel Nine avaient été copiés et rediffusés,
elle pouvait exciper de l'exception de "fair dealing" dans la mesure où
la copie et la rediffusion des programmes étaient destinés à
des programmes d'information, de critique ou de revue de presse... .
Définition
de "Télédiffusion" (Broadcast ou diffusion télévisuelle)
:
A la différence
des autres droits couverts par la Copyright Act, les programmes de television
diffusés par voie hertzienne ou satellite n'ont pas besoin de support,
tel qu'une cassette vidéo ou une pellicule..
Une diffusion televisuelle
est constituée de plusieurs immages diffusées par l'intermédiaire
d'un poste de télévision et de sons diffusés en même
temps que ces immages.
Bien que l'on perçoive
une diffusion télévisuelle comme un ensemble cohérent
d'images (programme, publicité...) la loi n'exige pas que ces immages
forment un programme afin de constituer une télédiffusion.
Il y a diffusion télévisuelle donnant droit à protection
au titre du copyright dès lors que des immages sont transmises, qu'elles
soient accompagnées ou non de sons.
Droits
des titulaires du Copyright :
Les titulaires de copyright
de programmes télévisuels jouissent de différents droits:
Les droits accordés
à Channel Nine Case étaient :
- droit de fixer le contenu
télédiffusé sur support
cinématographique,
- droit de rediffuser ses propres diffusions.
Droit de fixer sur support cinematographique
une diffusion télévisuelle
La Loi Australienne
sur le Copyright accorde au titulaire du copyright d'un programme télédiffusé
le droit excslusig de le fixer sur une pellicule cinematographique. La loi
dispose que la fixation sur support cinématographique inclut le droit
de fixer sur pellicule n'importe laquelle des immages comprises dans le programme
diffusé. Les immages en question n'ont pas à contenir une
part "substantielle" de l'émission diffusée. Une seule immage
suffit, même si plusieurs immages seraient nécessaires pour
créer une séquence d'images en mouvement.
En conséquence, l'enregistrement
par Network Ten de la diffusion de Channel Nine portait atteinte à
son copyright.
Bien que cette solution soit logique au regard de la définition
d'une "diffusion télévisuelle", elle ne reprend pas le critère
jurisrpudentiel traditionnel de la "substantialité", utilisé
pour les autres matières soumises à copyright.
Droit de Rediffuser ses propres émissions
Dans la mesure où
toute diffusion télévisuelle soumise à copyright est
réalisée par la diffusion d'immages et de sons, par le biais
d'un poste de television, totue rediffusion de ces images et sons constituera
automatiquement une violation au droit exclusif du titulaire de rediffuser
ce programme.
Les immages et le son sont protégées sans considération
de forme du contenu, qu'il soit informatif, récréationnel ou
de divertissement... De même que pour le droit de fixer le contenu
sur un support cinématographique, il n'y a pas non-plus de condition
de "susbtantialité".
Le critère de substantialité
pourrait être important si:
(i) la diffusion originale comportant des images et des sonds, la rediffusion
portait sur un des deux seulement;
ou (ii) la rediffusion porte sur des immages qui ont été
censurées ou coupées.
Moyens de Défense : Exception de "Fair
Dealing" :
L'exception de "Fair
Dealing" (droit d'utilisation loyale) trouve à s'appliquer en l'espèce.
La Loi sur le Copyright autorise une "utilisation loyale" (fair dealing)
de contenu soumis à copyright, notamment dans un but informatif, de
critique ou de citation.
La Court a considéré qu'en l'espèce, Network Ten
pouvait bénéficier de l'exception, compte tenu de la manière
dont son programme "The Panel" utilisait le contenu de l'émission
de Chanel Nine, en ce qui concerne les commentaires de la plupart des clips
rediffusés dans "The Panel".
Cependant, les contours exacts
d'une telle exception demeurent toujours incertains. Le jugement n'impose
aucun critère quantitatif en ce qui concerne la proportion d'information,
de critique ou de citation.
Ainsi, le fait que "The Panel"
se servait de nombreux extraits à des fins humoristiques ont conduit
les juges de première instance à considéré que
ces extraits étaient rediffusés à des fins exclusivement
de divertissement, et qu'ils ne pouvaient pas relever de l'exception de "Fair
Dealing".
Les juges de la Court Fédérale
n'ont pas suivi systématiquement ce critère de distinction,
et se sont attachés spécifiquement à l'objectif de l'émission
arguée de plagiat. Ainsi, un événement humoristique
mettant en cause un homme politique n'a pas été considéré
comme pouvant relever d'une émission d'information mais n'était
présentée que poru sa valeur de divertissement lorsque cette
information était notoirement connue, mais qu'en revanche, elle pouvait
l'être dans une émission portant sur des faits de société
ou sur la vie politique. Dans ce dernier cas, le fait qu'un contenu cité
contienne également une part d'humour n'a pas à être
considéré.
Conséquences :
L'apport majeur de cet
arrêt est que la recevabilité de l'exception de "fair dealing" - usage loyal d'une citation
- ne repose pas sur la forme de la rediffusion (émission informative...),
mais sur l'objet de cette rediffusion. Le fait que la rediffusion soit faite
d'une manière humoristique ne disqualifie pas la citation.
D'autre part, les opérateurs
de télévision ne pourront plus prétendre que la rediffusion
d'un programme télévisé d'une autre chaîne ne
constitue pas une violation du copyright, quel que soit la longueur de l'extrait.
Toute rediffusion est à présent considérée comme
un plagiat, sous réserve de l'exception de "fair dealing".
La Cour a refuser de faire
application de l'usage "3x3x3" en vigueur jusqu'à présent (limite
fixée à 3 minutes d'émission, rediffusée au
maximum 3 fois par jour, avec un délai d'au moins 3 heures entre chaque
rediffusion). L'arrêt laisse donc la profession sans aucun moyen de
déterminer comment l'exception de "fair dealing" pourra être
appliquée à l'avenir.
Commentaire :
Comme souvent en matière
de comparaison entre copyright et droit d'auteur, la comparaison tourne une
fois encore à l'avantage du système du droit d'auteur.
Dans le régime français du droit d'auteur, ce litige aurait
été résolu à priori de manière plus prévisible:
1- le droit à la courte citation est reconnu (dans des conditions
similaires)
2- surtout le droit à la fixation sur un support et le droit à
la rediffusion n'appartient qu'au titulaire des droits de représentation
et de reproduction de l'oeuvre.